vendredi 12 septembre 2025

Mort de Charlie Kirk

L’assassinat politique fait son grand retour, et la mort de Charlie Kirk en plein débat public devant des centaines de personnes à Orem aux USA, me plonge dans un état de tristesse, de peur et de colère incommensurable. Depuis hier, j’ai l’impression que tous les catholiques conservateurs de droite ont potentiellement une cible dans le dos. Et je me demande même si écrire cette chronique ne devient pas quelque chose de dangereux. 

 

Le moment ou cette balle perfore le cou de Charlie est une des pires choses que j’ai vu de ma vie. Comme un snuff movie atroce qui me hantera longtemps. Je ne pensais pas qu’autant de sang pouvait jaillir ainsi d’un être humain. Je ne pensais pas qu’une balle tirée à plus de 200 mètres pouvait créer une cavité aussi grosse. Qu’est-ce que pensait Charlie à ce moment ? Je n’imagine même pas à quel point cela a dû être effroyable pour les témoins de cette scène. L’assassinat de JFK me revient un court instant. 

 

Alors oui, avec ses opinions Charlie Kirk ne faisait pas consensus. Il était engagé dans une politique de droite. Il était contre le wokisme, les théories du privilège blanc, le laxisme judiciaire, l’islamisme et il était fervent catholique. Autant de raison qui m’ont poussées à m’intéresser à lui.  Ce que j’aimais dans son approche, c’est qu’il voulait débattre avec ses opposants. Il allait à leur rencontre et leur demandait de lui « prouver qu’il avait tort ». Il voulait écouter et parler avec ceux qui ne pensent pas comme lui. Il diffusait ces rencontres sur le web, il faisait à une plus grande échelle ce que font des Papacito, Vincent Lapierre ou Jordan Florentin chez nous. Je suis pressé de savoir ce que pensent ces derniers, je suis pressé d’entendre leurs prochaines chroniques sur cet assassinat. Le mode opératoire oral de Charlie Kirk était le principe même de la démocratie. Comme le font aussi les partisans de gauche d’ailleurs, aujourd’hui chacun a le droit de déclarer sa pensée sur le web. Avec la différence que ses opposant le considéraient comme le pire des fléaux : Un raciste, un ultraconservateur, un nazi ! Pour un gauchiste il symbolisait quelqu’un qui n’a pas les mêmes idées progressistes que lui. Rien de plus normal aujourd’hui que ces opposants sont au mieux indifférents et accusateurs, et au pire se réjouissent de la disparition de ce potentiel futur Trump. Leur manque de respect face à cette attaque tragique, l’absence totale d’empathie pour ses proches et sa famille, est à vomir. 

Plus je retourne en boucle dans ma tête ce qu’il représentait et moins je comprends les personnes qui justifient son assassinat en prétextant qu’il l’avait bien cherché. 

Alors oui il avait aussi commis des erreurs dans sa vie. Je pense par exemple à ses propos erronés sur les gilets jaunes en France, qui « réclamaient Trump » comme président. Ou encore ses rétractations sur certains propos complotistes. Ces fautes ont néanmoins été commises à une époque où il n’avait pas cette visibilité qui a fait de lui une cible en ce tragique mois de septembre 2025. 

 

Quand je fais le bilan du peu de choses que je sais de Charlie Kirk finalement, je n’ai pas beaucoup d’éléments : je ne l’ai vu que sur l’écran de mon portable. je ne l’ai jamais vu s’énerver contre quiconque dans ses vidéos, je l’ai toujours vu calme et argumentant ses propos avec intelligence. Chaque fois j’étais d’accord avec lui, il m’a même permis de comprendre certaines choses plus simplement, avec clarté. Je garde l’image d’un jeune droitard qui se fait copieusement insulter lors de débats publics par des jeunes progressistes incapables d’argumenter le moindre propos face à lui. 

Contrairement aux gauchistes qui veulent rééduquer leurs opposants en leur expliquant qu’ils ont tort, Charlie voulait expliquer que ses valeurs valent bien les leurs, tout simplement. 

 

Toute cette horreur. Toute cette violence. Pour quoi ? Pour faire changer les mentalités ? Pour faire disparaître la pensée de droite ? Ces gens-là s’imaginent-ils faire disparaître nos idées en tuant ? Les désaccords politiques sont-ils désormais potentiellement mortels ? 


Nos désaccords doivent rester des mots. Et nos mots doivent redevenir plus forts que des balles. 

lundi 2 juin 2025

Les valeurs contre l'oppression

La résurgence de hordes destructrices et perverses de retour dans les rues de France est un constat amer. Face à cela, l'apparente cécité d'une partie de la classe politique et des médias quant à la nature destructrice de ces actes, perpétrés par ces jeunes, est profondément frustrante et démoralisante. Ce sentiment de déception et de dégoût, mêlé à une colère vive, m'envahit depuis hier.

Comment ne pas faire le parallèle douloureux entre l'euphorie collective et bon enfant d'une victoire sportive, comme celle du 12 juillet 1998, à laquelle j’ai participé et cette incapacité persistante, près de trois décennies plus tard, à condamner unanimement la violence post-victoire sans y voir une motivation liée à l'immigration ? Le silence assourdissant de la télévision sur ces événements, contrastant avec l'écho qu'ils trouvent sur les réseaux sociaux, est troublant. Entendre certains nier la barbarie de ces actes est sidérant.

Si l'on a heureusement évité cette fois-ci les tentatives simplistes d'identification ethnique des responsables, la clémence des premières condamnations, réduites à de maigres amendes, semble nier l'ampleur des dégâts et l'impact réel de ces actions.

Que faire, concrètement, face à cette situation ? L'accusation facile, portée par certains discours de gauche, selon laquelle toute critique alimenterait la violence, est un sophisme déconcertant. Le recours croissant à des sociétés de sécurité privées témoigne d'un désaveu de la capacité de l'État à assurer la protection de ses citoyens.

En tant que banlieusard lucide, je me sens de plus en plus éloigné d'une certaine vision, souvent présentée comme homogène, de la banlieue et de ses habitants. Aujourd'hui, mes valeurs fondamentales, mon éducation et ma conception de la vie priment sur un besoin d'appartenance qui voudrait m'obliger à cautionner l'indéfendable : les agissements de ces vandales et de ces nouveaux oppresseurs. Si le besoin d'appartenance est un instinct primaire, la fidélité à mes convictions l'emporte désormais. 

vendredi 30 mai 2025

Aide à la création

J’avoue, je suis un peu blasé. Cette foutue IA écrit mieux que moi… ou du moins, elle rend mes idées plus fluides, plus propres, plus "postables". Alors tant pis pour l’ego, je le poste quand même. Parce que le fond, au moins, c’est toujours le mien.

Travailler à temps plein, c’est souvent renoncer à toute tentative sérieuse de s’occuper des tâches ménagères. Après une journée harassante, qui a encore l’énergie de nettoyer, repasser, plier, ranger, passer l’aspirateur ou étendre le linge ? C’est difficile à admettre, mais Dom l’avait accepté : ses jours de congé servaient moins à se reposer qu’à rattraper ce qu’il n’avait pas eu le courage de faire en semaine. Ce matin-là, il s’était levé avec cette résolution en tête.

La journée s’écoula donc entre lessive, rangement, dépoussiérage et vaisselle, entrecoupée de quelques pauses volées devant un film qui tournait en bruit de fond sur « Dom TV » — sa chaîne perso, où ne passaient que des classiques, des séries cultes, et parfois quelques films interdits aux moins de dix-huit ans.

Le soir venu, une légère odeur de linge propre flottait dans l’air, mêlée à la satisfaction d’un appartement enfin respirable. L’apéro approchait. Mais avec lui revenaient aussi des inquiétudes plus physiques : Dom sentait poindre de légères douleurs au torse, des brûlures à l’œsophage. Rien de dramatique, mais assez pour lui rappeler que le Jack Daniel’s commençait à se venger de toutes ces années de fidélité.

Il le savait : il fallait lever le pied. Et pourtant, cette pensée l’épuisait d’avance. Après tout, se demandait-il, la vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue en buveur de jus de fruit ? Certains de ses meilleurs textes, il les avait écrits un verre à la main. L’inspiration semblait plus fluide sous l’effet de l’alcool. Était-il possible d’écrire sans cette muse perfide mais efficace ?

Il connaissait la réponse, bien sûr. Mais ce soir-là, au moment de se lever pour se servir, son ancien ami imaginaire — ou du moins une version de remplacement, puisque l’original s’était tu depuis longtemps — réapparut dans un coin du salon. Silencieux, il tapotait des doigts sur la table en oscillant de la tête, vaguement moqueur. Puis, tournant le regard vers le comptoir, il lança :

— Tu crois que tu vas encore te servir de moi pour justifier ton petit verre de trop ? Comme si t'avais besoin d’un alibi pour te verser un Jack avec un glaçon… Franchement, tu fais ce que tu veux. Mais ce n’est pas comme ça que tu écriras un roman valable.

Dom sourit et commença à se lever, mais précisa :

— De toute façon, ce soir, j’écrirai rien. J’ai Mourad qui vient dîner. Je suis obligé de boire un coup.

— O-bli-gé, répéta la créature, faussement indignée. Bois du Perrier, tiens.

— Ce serait bizarre. Tu sais très bien que trinquer avec de l’eau gazeuse, c’est presque impoli.

— Et boire tout seul, c’est pas bizarre, peut-être ?

— Si on interdit de boire seul, on interdit quoi ensuite ? Se masturber seul aussi ? Faut arrêter…

La créature éclata de rire. Dom aussi. Puis elle reprit, plus sérieusement :

— Ed Wood est mort d’alcoolisme à 54 ans. Tu veux finir comme lui ? Célèbre, mais comme le pire auteur de tous les temps ?

— Bien sûr que non. Je veux juste terminer ce foutu livre. Et boire moins, c’est vrai.

— Alors commence par ce soir. Un verre, pas deux. C’est pas l’Amérique. T’en es capable ou t’es devenu une chochotte ?

— Ça va, ça va… Message reçu.

— Bon. Et si t’as besoin de moi, tu sais comment me faire revenir.

Dom s’installa devant son ordinateur. Il répondit à quelques messages sur Facebook, mit un like distrait sur une vidéo de Chuck Norris arrêtant une scie circulaire à main nue, puis ouvrit un nouveau document. Il allait demander à sa muse improvisée de quel sujet ils pourraient traiter... mais en relevant la tête, elle avait déjà disparu.

Il haussa les épaules. Tant pis. Ce soir-là, au lieu de boire seul, il écrivit l’histoire d’un type qui parlait tout seul à une muse imaginaire, aussi bienveillante que désabusée.

Ça tenait à peine sur une page. Mais franchement, c’était pas mal.


Sauver ses meubles

J’avoue, je suis un peu blasé. Cette foutue IA écrit mieux que moi… ou du moins, elle rend mes idées plus fluides, plus propres, plus "postables". Alors tant pis pour l’ego, je le poste quand même. Parce que le fond, au moins, c’est toujours le mien. 

La littérature peut remplir bien des fonctions, selon les personnes. Pour certains, un livre n’est rien de plus qu’un cale-meuble. D’autres y cherchent l’évasion, un moment de répit, l’oubli temporaire de leur quotidien. Certains encore y trouvent une matière à rêver, à façonner des mondes intérieurs à partir des mots. Et puis il y a ceux qui lisent pour apprendre, pour s’enrichir, pour comprendre un peu mieux le monde.

Gégé faisait partie de ceux qui cumulent toutes ces raisons, avec une nette préférence pour la découverte, l’éveil d’un savoir neuf. Parfois, la magie opérait entièrement : plaisir, réflexion, nouveauté, tout était au rendez-vous. D’autres fois, un seul de ces bénéfices lui suffisait. Et il arrivait aussi que la lecture ne lui laisse rien.

Il aimait à dire qu’il n’avait jamais utilisé un livre pour caler un meuble… mais ces dernières années, il avait fini par céder à une crainte très concrète : voir son vaisselier s’effondrer. Alors, oui, quelques ouvrages choisis — souvent les moins marquants — avaient trouvé une utilité bien plus matérielle, bien plus silencieuse. Ils soutenaient une étagère branlante ou comblaient un pied boiteux. Une sorte de sacrifice discret au nom de la stabilité domestique.

lundi 10 avril 2023

L'omniprésence de l'érostisme me gonfle

Avant de justifier mes opinions contestataires je voudrais dire que la vie serait plus belle pour tout le monde si chacun y mettait un petit peu plus du sien lorsqu'il s'agit de côtoyer d'autres êtres humains. Et qu'est-ce que je fous ici sur le net à jouer les blogger en colère ? Eh bien, si je ne vais pas chez Gégé boire une binouze ou un jus d’ananas pour débattre de ce que je trouve de plus en plus horripilant dans ce monde mesdames et messieurs les jurés, seul lieu où je peux jouer le bel esprit ailleurs que dans ma salle de bain, et bien j'aurais laissé Dexter m'inspirer un autre passe-temps qui sait ? Mais je ne te hais point cher inconnu qui met sa musique si fort dans le métro que je reconnais les paroles de la chanson que tu écoutes. Je ne te hais point, je te trouve seulement cruel et abject... Gégé n’arrête pas de me dire que je deviens méchant…. Moi ! Moi qui suis la gentillesse incarnée ! Moi qui ai cessé de déchirer les publicités que je reçois dans ma boite aux lettres en psalmodiant les soi-disant « créateurs » ! Je vous explique :

 L’autre jour, alors que je sortais de chez moi pour aller chez Gégé, j’ai reçu au courrier une publicité. Il s'agissait d'un flyer format A5 papier brillant qui m'apprenait l’ouverture d’un magasin de vêtements pour hordes juvénile, ou plutôt : l'ouverture officielle d'un nouveau stockage de fringues à putes, tout près de chez moi. Juste en dessous du titre était représenté deux nymphettes à la peau lisse et tendue en sous-vêtements. Elles prenaient des poses suggestives et aguicheuses. Celle couchée était en position de la cuillère, tandis que la seconde se cambrait comme dans un film érotique de Tinto Brass.

A l’intérieur de la publicité une fausse blonde de dix-neuf ans en minijupe tenait l’épaule d’un jeune trouduc en survêtement. Son épaule découverte et ses jambes roses la faisait déborder de sensualité. Sa jupe en haut de la cuisse ne pouvait pas être plus courte. Ses talons hauts m’évoquaient davantage les professionnelles du quartier rouge à Amsterdam qu’une jeune pucelle qui oublie sa godasse de verre.

 Tous ces symboles érotiques mon Dieu ! Ça commence sincèrement à m’irriter. Je deviens un gros obsédé, la publicité m’y contraint. C’est la faute de la pub je vous dis.

 Gégé n'était pas d'accord quand je lui ai dit ça. Gégé adore les femmes et il adore les regarder bien sûr. Il était là-derrière son comptoir, tel un capitaine de vaisseau parlant à ses officiers et tout en nettoyant un verre d'un chiffon douteux il a osé me dire que j'étais misogyne !

 Je ne suis pas misogyne pour un sou !  A choisir, je préfère bien entendu la vision d’une paire de jambes épilées de parisienne que les genoux poilus d’un écossais en vacances à Paris. C’est juste l’omniprésence de l’érotisme latent qui me soûle. On n’y échappe pas quoi qu’on fasse bordel. Ou qu’on aille, quoi qu’on regarde, le cul est partout. C’est dans votre boite aux lettres, dans les vitrines, de l’autre côté du trottoir. Partout. J’aimerais ne pas avoir à penser au cul, toutes les cinq minutes, je n'ai besoin de personne pour y penser fréquemment alors merci mais c'est bon quoi !

 Les exemples sont multiples dans la vie de tous les jours. TikTok a démocratisé l’érotisme comme YouPorn le porno il y a 10 ans. Je soupçonne plusieurs comptes TikTok, d’être en réalité des vitrines affichant des prestations d’escort-girls. Sous couvert de quelques secondes de références obscènes et humoristiques que même Jean-Marie Bigard n’aurait pas osé prononcer. On y trouve des gamines aux comportements et aux tenues vestimentaires empruntés au cinéma érotique.

Déjà c’est quoi TikTok me demande Gégé ? TikTok est un réseau social dans lequel vous pouvez ajouter des images, des vidéos et faire de la synchronisation sur les vidéos d'autres personnes depuis votre propre profil ou depuis des comptes publics. Voilà pour la description politiquement correcte je lui dis. Mais objectivement : Nous retrouvons dans ces courtes vidéos tout ce qui était considéré comme de l’érotisme, voire de la pornographie au début des années 2000. Et en plus on se fait espionner parait-il ! Si ça se trouve, de l’autre côté de la planète, il y a un Chinois qui décortique mes abonnements aux vidéos de jeunes coquines qui se trémoussent en petite culotte avec des cheveux bleus. « Tu es abonné à ce genre de conneries » ? Me taquine Gégé. Je lui réponds que j’ai tout effacé depuis peu mais oui… Pas fier de moi je lui réponds que j’ai fait parti de cette catégorie d’individus qui perds son temps devant ces images au lieu de lire un livre. L’érotisme accessible au bout des doigts est aussi addictif qu’une drogue. Omniprésent je vous dis. Mais je me sèvre. J’affirme à Gégé que j’ai réalisé que je me laissais manipuler. Il ne comprend pas bien et moi non plus en fait. Je laisse passer un silence. Puis Gégé me demande si j'ai une petite sœur... Je lui réponds que non. Il ricane comme un gosse. Je regarde autour de moi, je m'aperçois que les autres clients ont désertés le comptoir. Je suis seul face à Gégé.

        Non je n'ai pas de petite sœur et alors ? Lui dis-je.

Il attrape mon verre et me ressert une larmichette d'Arran, un single malt aux arômes de fruits exotiques et de raisin frais. Il prend son verre et trinque avec moi. Il ne me réponds pas. Je bois. Nous contemplons nos verres silencieusement dans une posture mystique et prémonitoire annonçant de futurs débats tout aussi improvisés. J’esquisse un sourire fugitif et je fais tourner mon doigt en l'air. Gégé comprend illico. L'addition s'il vous plaît !

samedi 3 décembre 2022

Les Little - Les Vrais - Un album de rap culte

Dès la fin des années 1980, une musique d’un genre inédit connaît une popularité grandissante dans les banlieues françaises, bien au-delà des frontières américaines où elle a vu le jour. Longtemps perçue comme l’expression quasi exclusive d’un public dit « banlieusard », cette musique s’impose peu à peu : le rap.

En France, ses premiers jalons sont posés au tournant des années 1990, notamment avec la compilation Rapattitude(1990), véritable acte fondateur du rap hexagonal. On y retrouve des artistes devenus emblématiques tels qu’EJM (Élément Dangereux), Tonton David (Peuples du monde), mais aussi ASSASSIN et NTM avec le titre inédit Je rap.

Si de nombreuses productions émergent alors, il n’est pourtant pas exagéré d’affirmer que la ville de Vitry-sur-Seine joue un rôle de premier plan durant cet âge d’or du rap français. C’est en effet de l’une de ses cités que surgit le groupe LES LITTLE, formation aussi originale qu’underground, composée de trois jeunes talents : Sulee B, Ronald L et DJ Sek.

La ville de Vitry est indissociable de l’identité du groupe, tant les LITTLE revendiquent avec fierté leurs racines. Cette démarche, que l’on retrouvera moins de dix ans plus tard chez le groupe 113, constitue l’un des marqueurs forts de leur esthétique. À eux trois, LES LITTLE incarnent parfaitement les caractéristiques de la déferlante rap française : un langage argotique propre à leur ville — le « veul » —, des arrangements musicaux travaillés, loin des pillages sonores actuels, et des textes profondément ancrés dans les revendications politiques et sociales, dressant un constat sans concession des maux de la société.

Mais LES LITTLE ne se limitent pas à cette posture revendicative. En 1992, la sortie de leur album Les Vrais les propulse comme figures de proue d’une nouvelle école de rappeurs, plus introspective et audacieuse. Véritables poètes urbains, ils abordent des thèmes alors peu explorés : les ravages de la drogue (La drogue est un poison), les dérives comportementales chez les jeunes (Plus féroces pour faire mal), ou encore la violence d’un quotidien chaotique (Journée de fou). Ils innovent même en imposant un style inédit, préfigurant le RnB français avec le morceau Laisse faire le tempo, véritable pépite du genre. L’humour n’est pas en reste, notamment dans certaines introductions mémorables, comme La définition du H & Bitch.

Classés dans ce que l’on pourrait appeler un « rap non commercial », LES LITTLE bénéficient pourtant d’un engouement considérable pour l’époque. Ils collaborent avec Manu Dibango, réalisent un clip pour ce qui reste, à mes yeux, le meilleur titre de l’album (Ressens le son), sont diffusés sur Rapline et se produisent sur de nombreuses scènes hip-hop.

En 1994, le groupe semble envisager un retour sous une nouvelle appellation, Les Da Lauss — « lauss » signifiant « pote » en veul. Le projet n’aboutira toutefois jamais réellement, si ce n’est à travers quelques mixtapes circulant dans les établissements scolaires de Vitry et parmi les initiés. Faute d’informations précises sur cette période, il serait hasardeux d’en dire davantage.

Il est néanmoins regrettable de constater que le succès commercial leur a échappé, paradoxalement au moment même où le rap se popularisait en France, malgré l’éclatante démonstration de leur talent que constituent les seize titres de Les Vrais. Seul le groupe N.A.P. les remettra brièvement sous les projecteurs à l’aube des années 2000, le temps d’un featuring sur un maxi intitulé Les Vrais, sous leur nom officiel LES LITTLE.

Avec LES LITTLE, nous avons eu la chance de découvrir un groupe à part, original et alternatif, moins frontal que Suprême NTM mais tout aussi respecté dans l’ensemble des banlieues parisiennes. Preuve supplémentaire de cette reconnaissance, Suprême NTM fera appel à Sulee B — alors crédité sous le nom de Sulee B Wax — pour les arrangements du titre Laisse pas traîner ton fils.

Sans être officiellement consacrés comme un groupe fondateur du rap français, ces artistes de Vitry-sur-Seine ont traversé les années 1990 en laissant derrière eux un unique album qui, plus de vingt ans après sa sortie, n’a rien perdu de sa force et continue de faire pâlir bien des productions actuelles.

Le seul regret concernant cet article réside dans les zones d’ombre qui subsistent : l’histoire de leur rencontre, les conditions d’enregistrement de l’album, la liste de leurs concerts, les chiffres de vente, ou encore les circonstances de leur collaboration avec Manu Dibango. Mais c’est sans doute le lot de nombreux groupes underground : certains détails demeurent, comme eux, à jamais hors de portée.

À moins que vous ne les connaissiez… auquel cas, n’hésitez pas à partager ces précieuses informations.

Quoi qu’il en soit, Les Vrais reste, plus de quinze ans après, un incontournable que j’écoute toujours avec le même plaisir. Il était donc indispensable de leur rendre hommage.

Dédicace aux LITTLE.