vendredi 30 mai 2025

Aide à la création

J’avoue, je suis un peu blasé. Cette foutue IA écrit mieux que moi… ou du moins, elle rend mes idées plus fluides, plus propres, plus "postables". Alors tant pis pour l’ego, je le poste quand même. Parce que le fond, au moins, c’est toujours le mien.

Travailler à temps plein, c’est souvent renoncer à toute tentative sérieuse de s’occuper des tâches ménagères. Après une journée harassante, qui a encore l’énergie de nettoyer, repasser, plier, ranger, passer l’aspirateur ou étendre le linge ? C’est difficile à admettre, mais Dom l’avait accepté : ses jours de congé servaient moins à se reposer qu’à rattraper ce qu’il n’avait pas eu le courage de faire en semaine. Ce matin-là, il s’était levé avec cette résolution en tête.

La journée s’écoula donc entre lessive, rangement, dépoussiérage et vaisselle, entrecoupée de quelques pauses volées devant un film qui tournait en bruit de fond sur « Dom TV » — sa chaîne perso, où ne passaient que des classiques, des séries cultes, et parfois quelques films interdits aux moins de dix-huit ans.

Le soir venu, une légère odeur de linge propre flottait dans l’air, mêlée à la satisfaction d’un appartement enfin respirable. L’apéro approchait. Mais avec lui revenaient aussi des inquiétudes plus physiques : Dom sentait poindre de légères douleurs au torse, des brûlures à l’œsophage. Rien de dramatique, mais assez pour lui rappeler que le Jack Daniel’s commençait à se venger de toutes ces années de fidélité.

Il le savait : il fallait lever le pied. Et pourtant, cette pensée l’épuisait d’avance. Après tout, se demandait-il, la vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue en buveur de jus de fruit ? Certains de ses meilleurs textes, il les avait écrits un verre à la main. L’inspiration semblait plus fluide sous l’effet de l’alcool. Était-il possible d’écrire sans cette muse perfide mais efficace ?

Il connaissait la réponse, bien sûr. Mais ce soir-là, au moment de se lever pour se servir, son ancien ami imaginaire — ou du moins une version de remplacement, puisque l’original s’était tu depuis longtemps — réapparut dans un coin du salon. Silencieux, il tapotait des doigts sur la table en oscillant de la tête, vaguement moqueur. Puis, tournant le regard vers le comptoir, il lança :

— Tu crois que tu vas encore te servir de moi pour justifier ton petit verre de trop ? Comme si t'avais besoin d’un alibi pour te verser un Jack avec un glaçon… Franchement, tu fais ce que tu veux. Mais ce n’est pas comme ça que tu écriras un roman valable.

Dom sourit et commença à se lever, mais précisa :

— De toute façon, ce soir, j’écrirai rien. J’ai Mourad qui vient dîner. Je suis obligé de boire un coup.

— O-bli-gé, répéta la créature, faussement indignée. Bois du Perrier, tiens.

— Ce serait bizarre. Tu sais très bien que trinquer avec de l’eau gazeuse, c’est presque impoli.

— Et boire tout seul, c’est pas bizarre, peut-être ?

— Si on interdit de boire seul, on interdit quoi ensuite ? Se masturber seul aussi ? Faut arrêter…

La créature éclata de rire. Dom aussi. Puis elle reprit, plus sérieusement :

— Ed Wood est mort d’alcoolisme à 54 ans. Tu veux finir comme lui ? Célèbre, mais comme le pire auteur de tous les temps ?

— Bien sûr que non. Je veux juste terminer ce foutu livre. Et boire moins, c’est vrai.

— Alors commence par ce soir. Un verre, pas deux. C’est pas l’Amérique. T’en es capable ou t’es devenu une chochotte ?

— Ça va, ça va… Message reçu.

— Bon. Et si t’as besoin de moi, tu sais comment me faire revenir.

Dom s’installa devant son ordinateur. Il répondit à quelques messages sur Facebook, mit un like distrait sur une vidéo de Chuck Norris arrêtant une scie circulaire à main nue, puis ouvrit un nouveau document. Il allait demander à sa muse improvisée de quel sujet ils pourraient traiter... mais en relevant la tête, elle avait déjà disparu.

Il haussa les épaules. Tant pis. Ce soir-là, au lieu de boire seul, il écrivit l’histoire d’un type qui parlait tout seul à une muse imaginaire, aussi bienveillante que désabusée.

Ça tenait à peine sur une page. Mais franchement, c’était pas mal.


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