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vendredi 30 mai 2025

Sauver ses meubles

J’avoue, je suis un peu blasé. Cette foutue IA écrit mieux que moi… ou du moins, elle rend mes idées plus fluides, plus propres, plus "postables". Alors tant pis pour l’ego, je le poste quand même. Parce que le fond, au moins, c’est toujours le mien. 

La littérature peut remplir bien des fonctions, selon les personnes. Pour certains, un livre n’est rien de plus qu’un cale-meuble. D’autres y cherchent l’évasion, un moment de répit, l’oubli temporaire de leur quotidien. Certains encore y trouvent une matière à rêver, à façonner des mondes intérieurs à partir des mots. Et puis il y a ceux qui lisent pour apprendre, pour s’enrichir, pour comprendre un peu mieux le monde.

Gégé faisait partie de ceux qui cumulent toutes ces raisons, avec une nette préférence pour la découverte, l’éveil d’un savoir neuf. Parfois, la magie opérait entièrement : plaisir, réflexion, nouveauté, tout était au rendez-vous. D’autres fois, un seul de ces bénéfices lui suffisait. Et il arrivait aussi que la lecture ne lui laisse rien.

Il aimait à dire qu’il n’avait jamais utilisé un livre pour caler un meuble… mais ces dernières années, il avait fini par céder à une crainte très concrète : voir son vaisselier s’effondrer. Alors, oui, quelques ouvrages choisis — souvent les moins marquants — avaient trouvé une utilité bien plus matérielle, bien plus silencieuse. Ils soutenaient une étagère branlante ou comblaient un pied boiteux. Une sorte de sacrifice discret au nom de la stabilité domestique.

lundi 10 avril 2023

L'omniprésence de l'érostisme me gonfle

Avant de justifier mes opinions contestataires je voudrais dire que la vie serait plus belle pour tout le monde si chacun y mettait un petit peu plus du sien lorsqu'il s'agit de côtoyer d'autres êtres humains. Et qu'est-ce que je fous ici sur le net à jouer les blogger en colère ? Eh bien, si je ne vais pas chez Gégé boire une binouze ou un jus d’ananas pour débattre de ce que je trouve de plus en plus horripilant dans ce monde mesdames et messieurs les jurés, seul lieu où je peux jouer le bel esprit ailleurs que dans ma salle de bain, et bien j'aurais laissé Dexter m'inspirer un autre passe-temps qui sait ? Mais je ne te hais point cher inconnu qui met sa musique si fort dans le métro que je reconnais les paroles de la chanson que tu écoutes. Je ne te hais point, je te trouve seulement cruel et abject... Gégé n’arrête pas de me dire que je deviens méchant…. Moi ! Moi qui suis la gentillesse incarnée ! Moi qui ai cessé de déchirer les publicités que je reçois dans ma boite aux lettres en psalmodiant les soi-disant « créateurs » ! Je vous explique :

 L’autre jour, alors que je sortais de chez moi pour aller chez Gégé, j’ai reçu au courrier une publicité. Il s'agissait d'un flyer format A5 papier brillant qui m'apprenait l’ouverture d’un magasin de vêtements pour hordes juvénile, ou plutôt : l'ouverture officielle d'un nouveau stockage de fringues à putes, tout près de chez moi. Juste en dessous du titre était représenté deux nymphettes à la peau lisse et tendue en sous-vêtements. Elles prenaient des poses suggestives et aguicheuses. Celle couchée était en position de la cuillère, tandis que la seconde se cambrait comme dans un film érotique de Tinto Brass.

A l’intérieur de la publicité une fausse blonde de dix-neuf ans en minijupe tenait l’épaule d’un jeune trouduc en survêtement. Son épaule découverte et ses jambes roses la faisait déborder de sensualité. Sa jupe en haut de la cuisse ne pouvait pas être plus courte. Ses talons hauts m’évoquaient davantage les professionnelles du quartier rouge à Amsterdam qu’une jeune pucelle qui oublie sa godasse de verre.

 Tous ces symboles érotiques mon Dieu ! Ça commence sincèrement à m’irriter. Je deviens un gros obsédé, la publicité m’y contraint. C’est la faute de la pub je vous dis.

 Gégé n'était pas d'accord quand je lui ai dit ça. Gégé adore les femmes et il adore les regarder bien sûr. Il était là-derrière son comptoir, tel un capitaine de vaisseau parlant à ses officiers et tout en nettoyant un verre d'un chiffon douteux il a osé me dire que j'étais misogyne !

 Je ne suis pas misogyne pour un sou !  A choisir, je préfère bien entendu la vision d’une paire de jambes épilées de parisienne que les genoux poilus d’un écossais en vacances à Paris. C’est juste l’omniprésence de l’érotisme latent qui me soûle. On n’y échappe pas quoi qu’on fasse bordel. Ou qu’on aille, quoi qu’on regarde, le cul est partout. C’est dans votre boite aux lettres, dans les vitrines, de l’autre côté du trottoir. Partout. J’aimerais ne pas avoir à penser au cul, toutes les cinq minutes, je n'ai besoin de personne pour y penser fréquemment alors merci mais c'est bon quoi !

 Les exemples sont multiples dans la vie de tous les jours. TikTok a démocratisé l’érotisme comme YouPorn le porno il y a 10 ans. Je soupçonne plusieurs comptes TikTok, d’être en réalité des vitrines affichant des prestations d’escort-girls. Sous couvert de quelques secondes de références obscènes et humoristiques que même Jean-Marie Bigard n’aurait pas osé prononcer. On y trouve des gamines aux comportements et aux tenues vestimentaires empruntés au cinéma érotique.

Déjà c’est quoi TikTok me demande Gégé ? TikTok est un réseau social dans lequel vous pouvez ajouter des images, des vidéos et faire de la synchronisation sur les vidéos d'autres personnes depuis votre propre profil ou depuis des comptes publics. Voilà pour la description politiquement correcte je lui dis. Mais objectivement : Nous retrouvons dans ces courtes vidéos tout ce qui était considéré comme de l’érotisme, voire de la pornographie au début des années 2000. Et en plus on se fait espionner parait-il ! Si ça se trouve, de l’autre côté de la planète, il y a un Chinois qui décortique mes abonnements aux vidéos de jeunes coquines qui se trémoussent en petite culotte avec des cheveux bleus. « Tu es abonné à ce genre de conneries » ? Me taquine Gégé. Je lui réponds que j’ai tout effacé depuis peu mais oui… Pas fier de moi je lui réponds que j’ai fait parti de cette catégorie d’individus qui perds son temps devant ces images au lieu de lire un livre. L’érotisme accessible au bout des doigts est aussi addictif qu’une drogue. Omniprésent je vous dis. Mais je me sèvre. J’affirme à Gégé que j’ai réalisé que je me laissais manipuler. Il ne comprend pas bien et moi non plus en fait. Je laisse passer un silence. Puis Gégé me demande si j'ai une petite sœur... Je lui réponds que non. Il ricane comme un gosse. Je regarde autour de moi, je m'aperçois que les autres clients ont désertés le comptoir. Je suis seul face à Gégé.

        Non je n'ai pas de petite sœur et alors ? Lui dis-je.

Il attrape mon verre et me ressert une larmichette d'Arran, un single malt aux arômes de fruits exotiques et de raisin frais. Il prend son verre et trinque avec moi. Il ne me réponds pas. Je bois. Nous contemplons nos verres silencieusement dans une posture mystique et prémonitoire annonçant de futurs débats tout aussi improvisés. J’esquisse un sourire fugitif et je fais tourner mon doigt en l'air. Gégé comprend illico. L'addition s'il vous plaît !

mercredi 29 mai 2019

Au comptoir de Gégé

Je recopie ici les textes d'un ancien blog, afin d'en avoir qu'un seul : Fabrice View. 

Hier je suis allé « Chez Gégé ». Au comptoir il y avait un habitué qui a sortit à haute voix :

« Avec tous ces attentats ça va ressembler à l'Algérie dans les années 90 la France !».
Gégé lui a répondu que le pire dans ce qu'il venait d'entendre, c'est que ça provenait d'un mec qui ne boit que du café. Ils ont commencé à s'engueuler... Moi je ne comprenais rien à leur débat. Tout ce que je sais, c'est que j'ai du mal à être de bonne humeur depuis le 14 juillet dernier. Et pourtant j'ai cessé de regarder la télé, je n'ai pas acheté de canard, je n'ai pas écouté la radio, je n'ai pas lu les actus sur internet. Je ne voulais pas écouter Gégé ou ce type mais impossible de ne pas les entendre. Et Gégé qui m'interpelle : « T'en pense quoi Fab ? » Je lui ai répondu que je ne comprenais pas très bien la relation entre la guerre civile Algérienne et ce que nous vivions en France. Le mec s'est marré et il m'a répondu que ma réponse était comprise dans ma question.
Ce que les terroristes nous font vivre en ce moment est incroyable quand on y pense. Ces enfoirés monopolisent les conversations de bistro ! A chaque nouvel attentat c'est la même chose. Je suis soûlé par le traitement des attentats décortiqués par les médias ou par le quidam dans les bars. Même si je n'aime pas le foot, j'aurais préféré débattre sans fin du match France-Portugal, ou de la lutte des classes au 21ème siècle (sujet éternellement actuel). Au lieu de ça.... Je dois me coltiner les images mentales de morts civiles atroces, racontées encore et encore par n'importe quel client chez Gégé. Bon je suis de mauvaise foi je sais. Bien sur que je compatis. Bien sur que ça me touche ces événements. Ces putains d’événements. Et toutes ces questions à la mord moi le nœud qui se déversent dans nos conversations... Gégé m'interpelle de nouveau. « Je suis sur que tu n'es pas d'accord Fab ! » Je le regarde d'un air détaché. J'ai ce regard que je porte sur le prix des légumes au marché ou sur la lune quand je m'aperçois qu'elle est en demi-croissant. Qu'est ce que je peux lui répondre ? Est ce que je suis blasé ? Suis-je un indigné de salon ? Qu'est ce qu'il me reste à part critiquer le gouvernement dans un bar ? Je lui ai répondu que Michael Cimino venait de mourir et que tout le monde s'en foutait... J'ai provoqué un silence gêné. J'ai cru un instant que le client allait m'accuser de faire du mauvais esprit.. que je devais être sacrément taré pour occulter l'actualité comme ça. Mais non, il n'a rien dit. Gégé à enchaîné sur « Voyage au bout de l'enfer » qui, selon lui, était un film culte. Le client à affirmé qu'il avait mal vieillit.
Quand la vie ressemble à un mauvais film de guerre et qu'on évolue dans une série noire, mieux vaut parler ciné à un comptoir que de déprimer devant les infos non ?