vendredi 21 juin 2019
Ivan Jablonka - Laëtitia (2017)
lundi 10 juin 2019
Stefan Zweig - Joseph Fouché (1930)
Lire la biographie de Joseph Fouché était pour moi l'occasion de retrouver le style si agréable de Stefan Zweig. J'ai lu son étude de Mary Stuart l'an dernier et j'en garde un souvenir de lecture inoubliable. Je trouve que les biographies historiques originales sont rares. La plupart de celles que j’ai lues sont trop académiques et lassantes.
Et pour être complètement honnête sur mes motivations, je dois avouer que je suis lassé de la politique moderne toujours en train de faire culpabiliser les masses quand il ne s'agit pas de nous enfumer avec une démagogie ras du front. Dépolitisé, blasé et abstentionniste depuis deux présidentielles, je m'interroge souvent sur ce que fut la politique autrefois, notamment durant cette période si complexe et si brutale que fut la révolution Française.
Synopsis
Fils de marin-pêcheur originaire de la Loire, Joseph Fouché ne peux reprendre le commerce de son père en raison de sa santé fragile. Il choisit une carrière académique en entrant au séminaire de Nantes, puis devient professeur de science. Dans cette France de l’ancien régime, espérer une carrière n’est pas envisageable si l’on est pas “noble”. Il est ainsi voué à une existence universitaire, calme et provinciale, ni bourgeois, ni aristocrate. Le destin en décidera autrement car en 1788 il fait la connaissance d’un certain Robespierre à Arras. Sous la révolution, puis auprès des différents gouvernements, Fouché deviendra un des hommes politiques français les plus habiles, l’un des plus puissants de son époque, mais aussi l’un des plus cruels.
Critique
On s'éclate à lire cette biographie ! Malgré cette déclaration simpliste, je vous garantie que vous serez “challengé” sur cette lecture. Comme je l'affirmait en préambule, il s’agit d’une lecture en marge des exposés didactiques, passionnante et viscérale. Dans un mélange de narratif et de thèse historique accessible, Zweig nous plonge dans une époque trouble et magnifique a la fois. Fouché, représente bien son siècle, si tourmenté et violent. Il traverse cette époque carnassière donc l’impact est restée intacte aujourd’hui. Tantôt conseiller, tantôt proche des puissants, tantôt ministre de la Police, parfois dans l'opposition, l’homme incarne tout ce nous détestons dans les hommes politiques, et pourtant, encore aujourd’hui, il fascine. Aucun personnage n’a personnifié avec autant de brio la manipulation à mes yeux.
Aucune sacralisation n’existe dans le récit de Zweig, pas de scènes touchantes (on peut toujours rêver), mais beaucoup d’interrogations sur la vie politique sur l’avant et l’après guillotinage du gros Capet sont décrites simplement.
Je ne veux pas rabaisser Fouché en simple outil bureaucratique, le génie du type à d’une certaine manière, façonné le pays tel que nous le connaissons. Le machiavélisme de ses décisions, ses trahisons malgré tout cohérentes ou ses approches politiques radicales sans humanisme, sans raccourcis, (sans autorisations parfois) et même sans morale, ne laissent aucune place à ses ennemis toujours plus nombreux.
Et c’est là la force et la faiblesse de Fouché, dont je ne dilvulguacherait pas la fin de vie, même si je dois avouer qu’elle me laisse indifférent tellement le personnage n’est pas attachant un seul instant.
Le livre terminé, j’ai eu comme une impression étrange. La biographie de Zweig dépeint une à une les facettes du personnage, de façon frontale mais en expliquant (déjà en 1931) que les mêmes erreurs politiques se reproduisent aujourd’hui. L’idée n’est pas novatrice, mais lorsque l’on sait comment Zweig à fini sa vie, on est en droit de se demander si cette oeuvre n’est pas une profession de foi. Comme un avertissement sur ceux que nous élisons….
Une ironie d’outre tombe ?
mardi 4 juin 2019
The Public Enemy (L'ennemi public) - 1931
Murder my Sweet (Adieu ma belle) - 1944
Le détective privé Philip Marlowe se voit confier la mission de retrouver l’ex-petite amie d’un gros bras tout juste sorti de prison. Parallèlement, il accepte d’aider un homme qui a besoin de renfort pour une transaction financière liée à une affaire de chantage, menée pour le compte d’une femme. Le soir de l’échange, Marlowe se fait assommer, et l’homme est assassiné. Revenu à lui, le détective décide de mener l’enquête et met peu à peu au jour une histoire aussi complexe que poisseuse, où meurtres, chantage et grande bourgeoisie s’entremêlent.
Murder, My Sweet est l’un des premiers films noirs — peut-être même le premier, selon certains. Un film où se croisent une galerie de personnages typiques du genre : le détective privé bien sûr, mais aussi le vieil homme richissime, sa jeune et séduisante épouse, sa fille effrontée et fouineuse, un homme d’affaires corrompu, des gros bras, des ivrognes… Et, fidèle à l’esprit des romans de Raymond Chandler, une intrigue tentaculaire où tout se mêle, tout se répond, avec en son centre le privé cynique et ironique : Marlowe.
Ici, il est interprété par Dick Powell — mon Marlowe favori, je dois l’avouer, devant Bogart. À ses côtés, Claire Trevor incarne une femme fatale aussi séduisante que manipulatrice, débordante de sensualité. Chaque apparition est un numéro : robes moulantes, paillettes, poses calculées dévoilant à peine ses jambes. Ajoutez à cela le rentre-dedans qu’elle inflige constamment à Marlowe, et vous obtenez l’archétype parfait de la femme fatale du film noir.
Le Marlowe de Powell (superbe interprétation) se fait embaucher par à peu près tout le monde. D’abord par Moose pour retrouver Velma Valento, son ancienne petite amie. Puis par Helen (Claire Trevor) pour récupérer un collier. Ensuite par Anne, la belle-fille de celle-ci, qui lui demande… d’oublier toute l’affaire. Au début de l’intrigue, Marlowe n’a pas un sou ; très vite, il croule sous le travail. Mais perspicace, il comprend rapidement que des forces obscures font tout pour l’empêcher de découvrir la vérité.
Edward Dmytryk utilise sa caméra comme un outil étonnamment moderne pour l’époque. La mise en scène est stylisée, nocturne, saturée de reflets et d’ombres. Les cadrages originaux alternent vues plongeantes, contre-plongées ras du sol, gros plans inattendus sur un livre ou un objet. Les scènes où Marlowe est assommé sont visuellement sublimes : l’image tourne, ondule, se voile de poussière ou de toiles d’araignée. Un style emblématique des meilleurs films noirs, que Dmytryk exploite avec une vraie maîtrise.
La seule fausse note réside peut-être dans la profusion d’événements. L’intrigue est parfois difficile à suivre tant il se passe de choses, tant chaque personnage poursuit son propre plan. Malgré une fidélité évidente aux romans de Chandler, la narration peut sembler ardue, et l’harmonie du récit parfois mise à rude épreuve.
Néanmoins, visuellement impeccable et porté par des acteurs incarnant à la perfection les figures chandleriennes dans une Amérique des années 50, Murder, My Sweet reste une petite merveille de cinéma.
Côté DVD, service minimum pour un Warner classique : un commentaire audio sans sous-titres et la bande-annonce originale (disponible en ligne sur ce site). En revanche, l’image est très bien remastérisée pour un film de cette époque. À découvrir en priorité pour ceux qui ne connaissent pas encore ce genre aujourd’hui un peu oublié.
Ancienne critique de mon site web Gangsterfamily.com consacré aux films de gangsters, que j'animais début 2000
Gun Crazy (Le démon des armes) 1949

Ancienne critique de mon site web Gangsterfamily.com consacré aux films de gangsters, que j'animais début 2000


